Les grands outils
Susciter la coopération : les 5 habiletés qui remplacent les ordres
« Mets tes chaussures. Mets tes chaussures. Tu m'entends ? METS TES CHAUSSURES ! » Chaque parent connaît ce moment où l'on se transforme en distributeur automatique d'ordres, de plus en plus fort, de moins en moins écouté. Faber et Mazlish proposent une autre voie : cinq manières de dire les choses qui donnent envie de coopérer au lieu de dresser l'enfant contre nous.
Pourquoi les ordres se retournent contre nous
Personne n'aime recevoir des ordres, ni les adultes ni les enfants. Un ordre appelle presque mécaniquement une résistance : on se braque, on traîne, on discute. Les accusations, les menaces, les comparaisons et les sermons ajoutent à cela une blessure d'amour-propre qui pousse l'enfant à se défendre plutôt qu'à agir. La journée se remplit alors de micro-batailles épuisantes pour tout le monde.
Faber et Mazlish partent d'un constat de bon sens : on obtient bien plus d'un enfant en le traitant comme un partenaire capable de comprendre qu'en le traitant comme un subordonné qu'il faut mater. Elles proposent cinq habiletés pour formuler nos attentes autrement. Aucune n'est magique, aucune ne marche à tous les coups ; mais ensemble, elles changent l'atmosphère de la maison.
1. Décrire ce que l'on voit, ou décrire le problème
Plutôt que d'accuser (« Tu as encore laissé la lumière allumée ! »), on décrit simplement, sans reproche, la situation : « La lumière de la salle de bains est restée allumée. » Décrire, c'est donner à l'enfant l'information dont il a besoin pour agir, sans l'attaquer. Une accusation appelle une défense ; une description appelle une action. L'enfant qui entend un fait, et non un jugement sur sa personne, peut se concentrer sur ce qu'il y a à faire.
2. Donner une information
Une information est facile à accepter, parce qu'elle ne vise pas l'enfant mais éclaire la situation. « Le lait tourne quand on le laisse hors du frigo » se retient beaucoup mieux que « Combien de fois faudra-t-il te dire de ranger le lait ? ». En prime, l'information donnée aujourd'hui outille l'enfant au lieu de le dresser, car elle devient un savoir qu'il s'appliquera à lui-même demain.
3. Le dire en un mot
Les longues explications lassent, et l'enfant décroche avant la fin. Souvent, un seul mot suffit à rappeler ce qui est attendu, parce que l'enfant sait déjà ce qu'il a à faire. « Les dents ! », « Ton manteau », « Les devoirs ». Le mot unique a un autre avantage : il ne contient ni reproche ni sermon, donc rien contre quoi se rebeller. Il invite l'enfant à réfléchir plutôt qu'à subir un discours.
4. Décrire ce que l'on ressent
Il s'agit de parler de soi sans attaquer l'autre. « Ça m'agace de trouver des miettes partout après le goûter » est très différent de « Tu es un vrai cochon ». Exprimer un sentiment authentique, sans qualifier le caractère de l'enfant, lui permet de tenir compte de nous sans se sentir démoli. Les enfants sont capables de considération quand on leur parle avec respect ; ils le sont beaucoup moins quand on les insulte. Une condition, toutefois : rester sur ce que l'on ressent (« je »), sans glisser vers l'accusation déguisée (« je trouve que tu es… »).
5. Écrire un mot
Un petit mot écrit accomplit parfois ce que dix rappels oraux n'ont pas obtenu. On peut laisser une note sur la télévision (« Éteins-moi avant de partir, merci ! », signée « La télé »), un pense-bête sur la porte ou une liste sur le frigo. L'écrit a quelque chose d'apaisé et d'un peu ludique ; il évite le face-à-face qui tourne au bras de fer, et les jeunes lecteurs adorent l'autorité tranquille d'un message écrit.
Ce que l'on laisse derrière soi
En miroir de ces cinq habiletés, Faber et Mazlish invitent à repérer, pour s'en défaire peu à peu, les modes de communication qui sabotent la coopération :
- Les accusations et reproches : « C'est toujours toi qui… »
- Les insultes et étiquettes : « Tu es paresseux / pénible / impossible. »
- Les menaces : « Si tu ne le fais pas tout de suite, je confisque tout. »
- Les ordres secs lancés à la chaîne.
- Les sermons et la morale : le long discours sur le sens du devoir.
- Les comparaisons : « Ton frère, lui, range sa chambre. »
- Le sarcasme : « Bravo, joli travail, vraiment. »
- Les prophéties : « Tu ne feras jamais rien de bon. »
Ces phrases nous échappent d'autant plus facilement qu'elles nous ont souvent été adressées enfant. Les remarquer est déjà un pas. On ne les élimine pas d'un coup ; on apprend à les remplacer, une situation à la fois.
Le ton fait la moitié du message
Une même phrase peut ouvrir ou fermer selon la voix qui la porte. « La lumière de la salle de bains est allumée » dit sur un ton neutre est une information ; dit sur un ton excédé, les dents serrées, c'est un reproche que l'enfant entend parfaitement comme tel. Les enfants sont d'extraordinaires détecteurs de sous-texte : ils réagissent moins à nos mots qu'à la musique de nos mots. Une habileté récitée avec agacement produit exactement l'effet qu'elle prétendait éviter.
C'est pourquoi ces cinq façons de faire ne sont pas des formules magiques à réciter. Elles supposent un état intérieur minimal de respect, ou du moins l'intention d'y revenir. Le jour où l'on est trop en colère pour parler sans mordre, mieux vaut parfois différer : « J'ai besoin de me calmer avant qu'on en parle. » Reconnaître sa propre limite fait aussi partie de la méthode, et cela offre à l'enfant un modèle de gestion de la colère.
Quand rien ne fonctionne
Il arrive qu'aucune des cinq habiletés ne débloque la situation. L'enfant campe sur son refus, le conflit s'enlise. Cela signale moins un échec de la méthode qu'une étape peut-être sautée. Le plus souvent, une émotion non entendue (la frustration, la fatigue, un chagrin de la journée) bloque tout en amont. Revenir alors à l'accueil du sentiment (« Tu as l'air vraiment contrarié, il s'est passé quelque chose ? ») rouvre le passage. D'autres fois, le problème est trop récurrent pour une simple habileté ponctuelle : c'est le terrain de la résolution de problème en commun. Les cinq habiletés règlent le quotidien ; elles ne remplacent pas le dialogue de fond quand un même conflit revient chaque jour.
Le respect, ingrédient commun
Ce qui relie ces cinq façons de faire, c'est le respect. Chacune traite l'enfant comme quelqu'un d'intelligent, capable de comprendre une information, de tenir compte d'un ressenti, de réagir à un fait. Leur force est de donner envie de collaborer plutôt que de contraindre. Un enfant à qui l'on parle avec égards apprend, dans le même mouvement, à parler ainsi aux autres. Les habiletés de coopération sont donc aussi une éducation à la relation.
Restent des jours où rien ne « marche ». Aucune méthode n'annule le fait qu'un enfant est un être libre, parfois fatigué, parfois de mauvaise humeur. L'objectif est moins l'obéissance parfaite qu'un climat où l'on négocie sans se blesser, et où l'enfant grandit avec le sentiment d'être un partenaire plutôt qu'un exécutant.
Pour aller plus loin
- Accueillir les sentiments : les 4 façons d'écouter vraiment — la condition préalable de toute coopération.
- Les alternatives à la punition : réparer plutôt que sanctionner — quand la coopération ne suffit pas.
- Décrire au lieu de juger : le pouvoir de nommer ce qu'on voit — le principe qui sous-tend la première habileté.
Sources principales : conférences « Susciter la coopération : les outils » et « Gérer les émotions : la prise de conscience » (Roseline Roy, ambassadrice Faber & Mazlish en francophonie — réseau AEP / Éditions du Phare) ; fiche ressource CNFPT La méthode Faber et Mazlish, un outil de communication bienveillante (Délégation Auvergne-Rhône-Alpes, 2021) ; fiche Faber & Mazlish et Rosenberg — communication bienveillante (portail petite enfance de la Manche, 2018). Ouvrage de référence : Adele Faber & Elaine Mazlish, Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent (Éditions du Phare) ; héritage de Haim Ginott.