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Émotivité, confiance en soi et estime de soi
Être « débordé » par ses émotions, rougir, trembler, perdre ses moyens : l'hyperémotivité mine la confiance. La méthode Vittoz ne cherche pas à supprimer l'émotion, mais à retrouver l'assise intérieure qui permet de la traverser sans être emporté.
L'émotivité selon Vittoz : perdre l'équilibre du contrôle
Vittoz observait chez beaucoup de ses patients une hyperémotivité : la moindre contrariété, la moindre situation sociale déclenchait une réaction disproportionnée — cœur qui s'emballe, rougeurs, voix qui tremble, pensées qui se brouillent. Pour lui, ce n'était pas un défaut de caractère mais, une fois de plus, un déséquilibre du contrôle cérébral, cette faculté d'harmonie entre le cerveau qui reçoit (la réceptivité) et celui qui produit (l'émissivité).
Quand l'émotion monte, l'émissivité s'emballe : on interprète, on anticipe (« ils vont me juger »), on commente sa propre réaction (« voilà, je rougis, c'est fichu »). Ce commentaire mental amplifie l'émotion en boucle. Le corps, lui, réagit à ce que la tête raconte. La proposition de Vittoz est de revenir à la sensation pour couper l'amplification : sentir au lieu de commenter. On ne fait pas taire l'émotion — on cesse de l'alimenter.
Émotivité n'est pas faiblesse
Un préalable, pour lever un malentendu tenace. Être émotif, ressentir vivement, n'est pas en soi un défaut ni une faiblesse : c'est souvent le signe d'une grande sensibilité, précieuse par ailleurs. Ce que Vittoz vise n'est pas d'éteindre la sensibilité — quel appauvrissement ! — mais de rendre à la personne la capacité de ne pas être emportée par elle. Il y a une différence radicale entre ressentir fortement et être submergé au point de perdre ses moyens. La première est une richesse ; la seconde, une souffrance qu'on peut rééduquer.
Cette distinction a des conséquences pratiques et morales. On ne demande pas au lecteur émotif de « se durcir » ou de « ne plus rien ressentir » — conseils aussi vains que blessants. On lui propose de cultiver un point d'appui stable au milieu de ce qu'il ressent, une sorte de socle qui reste ferme quand la vague passe. L'émotion continue de traverser ; elle ne renverse plus.
La volonté paisible : reprendre les commandes sans se crisper
La confiance en soi, dans la perspective vittozienne, ne vient pas d'un discours volontariste (« sois fort », « aie confiance ») ni d'une contrainte sur soi. Elle naît d'une expérience répétée : celle de pouvoir revenir à soi quand tout s'emballe. Vittoz réhabilite la volonté, mais une volonté paisible — non pas la volonté-tension qui serre les dents et épuise, mais celle qui réoriente doucement l'énergie vers un but choisi. Choisir de revenir à sa sensation quand le trac monte est un acte de volonté paisible.
À force de constater qu'on peut reprendre pied, une assise intérieure se construit. La confiance n'est plus une croyance fragile (« je suis capable »), mais un savoir-faire éprouvé (« je sais revenir au calme, j'ai un point d'appui »). C'est une confiance de type pratique, ancrée dans le corps, non dans l'auto-persuasion.
La présence à soi, socle de l'estime
L'estime de soi souffre souvent d'un même mal : une attention constamment tournée vers le regard des autres et vers un futur redouté, jamais posée sur le réel présent. La personne peu sûre d'elle vit dans l'anticipation du jugement. La présence à l'instant — vivre l'acte qu'on est en train de faire, sentir ce qui est là — ramène l'attention du tribunal imaginaire vers la vie réelle, où l'on est simplement en train d'agir. C'est modeste, mais c'est structurant : on cesse de se vivre comme un objet observé pour redevenir un sujet qui perçoit et agit.
Cette présence à soi se cultive par les mêmes exercices que le reste de la méthode : l'acte conscient — sentir un geste au lieu d'y penser — la marche consciente, les exercices de réceptivité. Rien de spectaculaire : une discipline quotidienne, quelques minutes, qui reconstruit peu à peu l'assise.
De l'émotivité maîtrisée à l'estime durable
Comment le fait de mieux traverser ses émotions finit-il par nourrir l'estime de soi ? Le lien n'est pas immédiat, mais il est solide. L'estime de soi fragile se construit sur un pari incertain : « suis-je à la hauteur ? », question dont la réponse dépend du regard des autres et de résultats qu'on ne maîtrise pas. Chaque situation devient un examen dont on redoute l'échec. La méthode Vittoz déplace le terrain : elle ne promet pas la réussite, elle offre la présence. Or on peut toujours être présent, quel que soit le résultat.
Peu à peu, l'assise ne repose plus sur « je vais réussir » mais sur « je peux rester présent et agir, quoi qu'il arrive ». Cette base est autrement plus stable, car elle ne dépend pas des circonstances. La personne qui a fait dix fois l'expérience de revenir à ses appuis au cœur du trac cesse de redouter le trac lui-même : elle sait qu'elle ne sera pas emportée. Cette confiance-là ne se décrète pas ; elle se dépose, séance après séance, comme un sédiment de l'expérience répétée. C'est le contraire exact de l'auto-persuasion : non pas se convaincre qu'on est fort, mais constater qu'on tient.
Ce qu'on peut en attendre — avec justesse
Pratiquée régulièrement, la méthode aide beaucoup de personnes à moins subir leurs émotions et à gagner une confiance ancrée dans l'expérience plutôt que dans les mots. C'est un apport réel, reconnu par la clinique et par de nombreux témoignages. Il faut néanmoins rester juste : cette valeur pratique n'est pas une preuve d'efficacité au sens des essais contrôlés, dont la méthode dispose peu. Et le langage d'époque de Vittoz — « énergie cérébrale » — demeure une métaphore de son temps.
Enfin, l'émotivité peut relever d'autre chose qu'un simple déséquilibre à rééduquer : une phobie sociale invalidante, une anxiété chronique, une dépression ou une blessure d'estime profonde méritent un accompagnement adapté (psychologue, psychiatre). La méthode Vittoz est alors un appui possible, non un substitut. En cas de souffrance durable, consultez.
Pour aller plus loin
- La volonté chez Vittoz : reprendre les commandes sans se crisper — la volonté paisible, moteur de la confiance.
- L'acte conscient : sentir au lieu de penser — le geste de base qui restaure la présence à soi.
- Apaiser l'anxiété, le stress et l'angoisse — quand l'émotivité se double d'anticipation anxieuse.
- Vittoz et la vie intérieure : prière, méditation, accompagnement au Carmel — l'assise intérieure dans une autre tradition d'usage.
Sources principales : R. Vittoz, Traitement des psychonévroses par la rééducation du contrôle cérébral (1911, domaine public) ; A. Leca (psychiatre), « Le Dr Vittoz, ses exercices : une réponse corporelle à l'angoisse », exposé SFRP, 2015 (Vittoz-IRDC) — restauration de l'estime et cas cliniques. À lire avec les réserves de l'article 24.