Fondements

L'esprit des ateliers : une méthode qui s'apprend en s'exerçant

On peut lire dix livres sur la communication et rester sans voix face à son enfant qui hurle. Faber et Mazlish l'ont compris très tôt : leurs outils ne s'intègrent pas par la lecture seule, mais par l'entraînement. C'est pourquoi, dès l'origine, leur méthode est indissociable d'un dispositif d'ateliers entre parents.

Savoir n'est pas savoir-faire

Presque tous les parents adhèrent, en théorie, aux grands principes de la méthode. Oui, il vaut mieux accueillir une émotion que la nier. Oui, décrire est préférable à juger. Le problème n'est jamais l'adhésion : c'est l'exécution dans l'instant, quand la fatigue, l'agacement et l'urgence reprennent la main et que remontent les phrases entendues dans notre propre enfance.

Faber et Mazlish comparent volontiers l'apprentissage de ces habiletés à celui d'une langue étrangère ou d'un instrument. On ne parle pas une langue parce qu'on a lu sa grammaire ; on la parle à force de la pratiquer, en trébuchant, en se reprenant. La communication respectueuse est une compétence motrice autant qu'intellectuelle. Elle passe par le corps, la voix, le rythme — pas seulement par la compréhension.

À quoi ressemble un atelier

Un atelier Faber-Mazlish réunit un petit groupe de parents autour d'un animateur qui n'est pas là pour faire cours. Le parcours consacré à Parler pour que les enfants écoutent se déroule classiquement en sept rencontres : une première pour faire connaissance, puis une par grand thème du livre, chacune durant deux à trois heures. Le principe est répété à l'envi par les animatrices : « on ne va pas en parler, on va les faire ». Le format mêle plusieurs ingrédients complémentaires :

Ce dispositif n'a rien d'un hasard. Chaque élément vise à transformer une idée en réflexe disponible au bon moment.

Les trois grands programmes

Au fil des années, le travail de Faber et Mazlish s'est structuré autour de trois programmes d'ateliers, correspondant à leurs trois grands domaines :

Chaque programme applique le même socle d'habiletés à un terrain particulier. On peut les suivre séparément, mais tous partagent le même esprit — celui, précisément, dont il faut maintenant parler.

Le non-jugement : la règle d'or du groupe

Ce qui frappe le plus les participants n'est souvent pas le contenu, mais le climat. Un atelier réussi est un lieu où l'on peut avouer sans honte : « J'ai crié », « je l'ai puni », « je ne savais pas quoi dire ». L'animateur ne corrige pas, ne fait pas la leçon, ne classe pas les bons et les mauvais parents.

Cette posture n'est pas seulement une politesse : elle est la traduction, entre adultes, de ce que la méthode demande envers les enfants. On ne peut pas apprendre à accueillir sans jugement les émotions de son enfant si l'on se sent soi-même jugé dès qu'on avoue une maladresse. L'atelier est donc cohérent avec son propre message : il applique aux parents ce qu'il leur enseigne pour leurs enfants.

Pourquoi le jeu de rôle est plus fort que l'exemple

On pourrait croire qu'il suffit de montrer les bonnes phrases. Mais lire « accueille son émotion » et l'avoir dans la bouche au bon moment sont deux mondes. Le jeu de rôle fait franchir ce fossé pour au moins trois raisons.

D'abord, il fait vivre l'effet des mots de l'intérieur. Recevoir une menace, même pour de faux, imprime dans le corps ce qu'un exposé ne fera jamais. Ensuite, il autorise l'erreur sans conséquence réelle : on peut rater sa phrase devant le groupe, en rire, recommencer — luxe que le quotidien n'offre pas. Enfin, il fabrique de la mémoire incarnée : le jour où la vraie situation surgit, ce n'est pas un principe abstrait qui remonte, mais le souvenir d'une phrase déjà prononcée, déjà éprouvée.

Un apprentissage entre pairs, pas une leçon d'expert

Une autre particularité de l'atelier tient à la place de l'animateur. Il n'est pas l'expert qui détient la vérité et la distribue : il facilite, relance, propose des mises en situation, mais l'essentiel du savoir circule entre les participants. Un parent qui raconte comment il a désamorcé une crise du matin en apprend souvent davantage aux autres qu'une explication théorique.

Ce n'est pas un hasard, mais un choix des autrices. Adele Faber et Elaine Mazlish ont délibérément voulu rendre leur approche accessible à tous : on parle d'« ateliers de parents », pas d'une « formation » réservée à des professionnels certifiés. La nuance est de taille. N'importe qui adhérant à la démarche peut animer un groupe, guide en main, sans diplôme particulier — quitte à réunir simplement quelques amis autour de la table. C'est cette ouverture qui explique qu'un réseau dense se soit constitué : on compte aujourd'hui en France quelque 2 000 animateurs et animatrices d'ateliers Faber et Mazlish, souvent des parents qui, transformés par l'expérience, ont eu envie de la faire vivre à leur tour.

Cette horizontalité a un effet précieux : elle dédramatise. Découvrir que le voisin, apparemment si posé, se débat avec les mêmes difficultés que soi soulage d'un poids considérable. Beaucoup de parents arrivent en atelier persuadés d'être seuls à échouer ; ils en repartent avec la certitude, autrement plus juste, que ces difficultés sont universelles et que les habiletés, elles, s'apprennent. Le groupe agit ainsi comme un antidote à la culpabilité — laquelle, on le sait, est un très mauvais moteur d'apprentissage.

Cet apprentissage entre pairs prolonge la logique de Ginott, dont les groupes de parents fonctionnaient déjà sur ce principe : on ne guérit pas les parents, on les outille ensemble. La méthode Faber-Mazlish n'a fait qu'affiner et systématiser un format qui existait à l'état d'intuition.

Lire les livres comme des cahiers d'entraînement

Tous les parents n'auront pas accès à un atelier. La bonne nouvelle est que les ouvrages de Faber et Mazlish sont eux-mêmes conçus comme des supports d'entraînement : ils regorgent d'exercices, de cases à remplir, de bandes dessinées et de questions qui invitent à s'arrêter et à faire, pas seulement à lire. Les survoler comme un roman, c'est passer à côté de l'essentiel.

L'invitation est donc simple : traitez la lecture comme une pratique. Arrêtez-vous aux exercices, écrivez vos réponses, testez un outil dans la semaine, revenez sur ce qui a marché ou non. Et si possible, faites-le à deux — un conjoint, un ami parent — pour retrouver un peu de cet effet de groupe qui est le secret de la méthode. C'est cette dimension expérientielle qui explique aussi que la recherche peine à l'évaluer avec les outils habituels, et qu'une mise en œuvre trop scolaire produit parfois des dialogues « récités ». Deux écueils que nous examinons ailleurs, et qui, tous deux, découlent de ce fait fondateur : cette méthode ne se sait pas, elle se pratique.

Pour aller plus loin

Sources consultées : entretiens télévisés et podcast « Les ateliers Faber et Mazlish » avec Roseline Roy (éditrice) et Anne-Cécile Dupré (animatrice d'ateliers), décrivant le déroulé en sept rencontres, les jeux de rôle et le statut d'« ateliers de parents » ouverts à tous ; entretien « L'accueil des sentiments » (épisode #141) et entretiens « Papa Positive » avec Roseline Roy ; fiche du CNFPT (Délégation Auvergne-Rhône-Alpes), La méthode Faber et Mazlish (2021), qui détaille le découpage thématique du parcours. Les ouvrages et cahiers d'atelier de Faber et Mazlish, sous droits, ne sont ni cités ni reproduits.