Biais cognitifs

Le biais de confirmation : nous cherchons ce qui nous donne raison

Vous pensez qu'un collègue est désordonné. Chaque dossier égaré vous le confirme, et vous ne remarquez pas les vingt dossiers qu'il a rendus à l'heure. Cette fiche explique pourquoi nous testons si mal nos propres idées, et comment s'y prendre autrement.

L'idée en bref

Le biais de confirmation (confirmation bias) désigne la tendance à chercher, à interpréter et à retenir de préférence les informations qui vont dans le sens de ce que l'on croit déjà. Il agit donc à trois moments : dans les questions que l'on pose, dans la lecture que l'on fait des réponses et dans le souvenir que l'on en garde.

L'observation est ancienne. Francis Bacon notait déjà dans le Novum Organum (1620) que l'esprit humain, une fois qu'il a adopté une opinion, attire à elle tout ce qui la soutient. L'étude expérimentale commence avec le psychologue britannique Peter Wason, qui publie en 1960 une expérience restée célèbre, la tâche « 2-4-6 ». Raymond Nickerson en a donné en 1998 la synthèse de référence, en soulignant que le terme recouvre en réalité plusieurs phénomènes voisins.

Tester son idée en cherchant des « oui »

La leçon est précise. Les participants ne trichaient pas et ne tenaient pas à leur hypothèse par orgueil. Ils choisissaient seulement des essais qui ne pouvaient pas les démentir. Vingt confirmations de ce type n'apprennent presque rien, alors qu'un seul essai capable de contredire l'hypothèse aurait suffi. C'est le lien avec la réfutabilité de Karl Popper : une idée se met à l'épreuve en cherchant ce qui pourrait la démentir.

Lire les mêmes faits de deux façons

Le biais ne s'arrête pas à la recherche d'informations. Il touche aussi leur interprétation. En 1979, Charles Lord, Lee Ross et Mark Lepper ont fait lire à des partisans et à des adversaires de la peine de mort les deux mêmes études, l'une favorable à son effet dissuasif, l'autre défavorable. Chaque camp a jugé plus rigoureuse l'étude qui allait dans son sens et a trouvé des défauts de méthode à l'autre. Les participants ont déclaré en sortir plus convaincus qu'avant.

Le même mécanisme joue en médecine, lorsqu'un premier diagnostic oriente la lecture de tous les examens suivants, et dans les enquêtes, lorsqu'un suspect est désigné trop tôt. Il est amplifié aujourd'hui par les réseaux sociaux et les moteurs de recherche : taper « le café est-il bon pour la santé » et « le café est-il dangereux » ne conduit pas aux mêmes pages.

Quand s'en servir

Pensez à ce biais chaque fois que vous tenez à une conclusion ou que vous l'avez formée très tôt :

Limites et pièges

Le phénomène d'ensemble est l'un des mieux documentés de la psychologie du raisonnement, et la tâche de Wason a été reproduite de très nombreuses fois. Plusieurs nuances sont cependant nécessaires.

Chercher des confirmations n'est pas toujours une erreur. Joshua Klayman et Young-Won Ha ont montré en 1987 que tester les cas où l'on attend un « oui » est souvent une stratégie efficace, en particulier quand le phénomène recherché est rare. Elle échoue dans la tâche 2-4-6 parce que la vraie règle est plus large que l'hypothèse du participant. Ils parlent de « stratégie du test positif » plutôt que de biais.

Le terme recouvre des choses différentes. Tester ses hypothèses de façon unilatérale, sans enjeu personnel, n'est pas la même chose que défendre une conviction à laquelle on tient. Pour ce second cas, plusieurs chercheurs préfèrent parler de « biais en faveur de son camp » (myside bias). Hugo Mercier et Dan Sperber soutiennent dans L'Énigme de la raison (2017, trad. fr. 2021) que ce trait s'explique si le raisonnement sert d'abord à argumenter devant les autres : chacun défend bien sa position, et c'est la discussion contradictoire qui corrige l'ensemble. Cette thèse est discutée. Elle s'accorde avec un constat que les auteurs mettent en avant : sur certains problèmes de logique, de petits groupes qui discutent trouvent plus souvent la bonne réponse que des individus seuls.

Certains résultats sont moins nets qu'on ne le dit. Dans l'étude de 1979, la polarisation était déclarée par les participants eux-mêmes, et des travaux ultérieurs qui ont mesuré les opinions avant et après lecture n'ont souvent pas retrouvé de durcissement. L'évaluation plus sévère des preuves contraires est, elle, bien établie.

Deux mauvais usages sont fréquents. Le premier consiste à accuser les autres de biais de confirmation sans s'examiner soi-même, ce qui en est une belle illustration. Le second consiste à en conclure qu'il faut douter de tout : conserver une idée bien étayée face à un fait isolé est raisonnable, et il faut seulement rester capable de dire ce qui la ferait tomber.

Pour aller plus loin

Sources principales : Peter Wason, « On the failure to eliminate hypotheses in a conceptual task », Quarterly Journal of Experimental Psychology (1960) ; Charles Lord, Lee Ross et Mark Lepper, « Biased assimilation and attitude polarization », Journal of Personality and Social Psychology (1979) ; Joshua Klayman et Young-Won Ha, « Confirmation, disconfirmation, and information in hypothesis testing », Psychological Review (1987) ; Raymond Nickerson, « Confirmation bias: a ubiquitous phenomenon in many guises », Review of General Psychology (1998) ; Hugo Mercier et Dan Sperber, The Enigma of Reason (2017), trad. fr. L'Énigme de la raison (Odile Jacob, 2021).