Apprendre et progresser

L'état d'esprit de développement : Carol Dweck, entre promesses et résultats modestes

« Je suis nul en maths, c'est comme ça. » Beaucoup de parents et d'enseignants ont entendu cette phrase et ont cherché quoi répondre. La psychologue Carol Dweck a proposé une réponse devenue célèbre dans les écoles du monde entier. Cette fiche présente son idée, puis ce que les études de grande ampleur en ont confirmé, c'est-à-dire moins que ce que l'on avait espéré.

L'idée en bref

Selon Carol Dweck, professeure de psychologie à l'université Stanford, chacun a une conception implicite de l'intelligence. Dans l'état d'esprit fixe (fixed mindset), on tient ses capacités pour une donnée stable : on est doué ou on ne l'est pas. Dans l'état d'esprit de développement (growth mindset), on pense qu'elles s'accroissent par l'effort, les bonnes méthodes et l'aide d'autrui. Ces deux croyances conduiraient à des conduites opposées devant la difficulté. Celui qui croit ses capacités fixes voit dans l'échec un verdict sur sa personne et évite ce qui pourrait le révéler. Celui qui les croit perfectibles y voit une information et persévère.

Dweck a mené ces recherches à partir des années 1970 et 1980, d'abord sous le nom de « théories implicites de l'intelligence ». Elle les a présentées au grand public dans Mindset (2006), traduit en français sous le titre Changer d'état d'esprit.

L'expérience des compliments

L'étude la plus citée a été publiée en 1998 par Claudia Mueller et Carol Dweck. Des élèves d'une dizaine d'années réussissaient une première série de problèmes de logique. Les uns étaient félicités pour leur intelligence, les autres pour leur travail. On leur donnait ensuite des problèmes très difficiles, puis de nouveau des problèmes faciles. Les enfants complimentés pour leur intelligence choisissaient davantage des tâches sans risque, prenaient moins de plaisir après l'échec et réussissaient moins bien la dernière série que les enfants complimentés pour leurs efforts.

En 2007, Lisa Blackwell, Kali Trzesniewski et Carol Dweck ont rapporté qu'un atelier de quelques séances, qui expliquait à des collégiens que le cerveau se renforce quand on apprend, avait enrayé la baisse de leurs notes en mathématiques. C'est à partir de résultats de ce type que des interventions ont été diffusées dans de très nombreuses écoles.

Ce que montrent les grandes études

L'idée a été mise à l'épreuve à grande échelle, et les résultats sont nettement plus modestes que les premiers. En 2018, Victoria Sisk, Brooke Macnamara et leurs collègues ont publié deux méta-analyses, c'est-à-dire deux synthèses statistiques de l'ensemble des études disponibles. La première portait sur le lien entre l'état d'esprit des élèves et leurs résultats scolaires : le lien moyen était très faible. La seconde portait sur les interventions destinées à modifier cet état d'esprit : leur effet moyen sur les résultats était lui aussi très faible, avec un bénéfice un peu plus net pour les élèves en difficulté ou de milieu défavorisé.

Quand s'en servir

L'idée reste utile comme repère pour parler de l'effort et de l'erreur, à condition de ne pas en attendre un changement des résultats à elle seule. Elle peut guider quelques gestes simples :

Limites et pièges

L'état des preuves est le suivant. La distinction entre les deux croyances est bien documentée, et les effets des interventions existent probablement, mais ils sont faibles, variables selon les contextes et concentrés sur les élèves fragiles. Le débat entre chercheurs se poursuit : en 2023, une méta-analyse de Brooke Macnamara et Alexander Burgoyne a conclu que les effets positifs disparaissaient presque dans les études les plus rigoureuses, tandis qu'une autre, dirigée par Jeni Burnette, a défendu l'existence d'effets réels mais très hétérogènes. L'écart est grand entre ces résultats et la promesse d'une clé de la réussite que portent beaucoup de livres et de formations.

Carol Dweck a elle-même dénoncé, à partir de 2015, un « faux état d'esprit de développement » : la réduction de son idée à l'éloge de l'effort, quel qu'en soit le résultat. Féliciter un enfant d'avoir « bien essayé » alors qu'il n'a rien appris ne l'aide pas. Pour elle, l'effort est un moyen, qui doit s'accompagner de nouvelles stratégies et d'aide.

Le dernier piège est de faire porter à l'élève la responsabilité de ce qui ne dépend pas de lui. Un enfant qui échoue n'a pas forcément un « mauvais état d'esprit » : il lui manque peut-être des connaissances préalables, une méthode, du sommeil ou un enseignement adapté. Changer une croyance ne remplace ni l'explication ni l'entraînement. L'idée ne dit pas non plus que tout le monde peut atteindre n'importe quel niveau, seulement que chacun peut progresser à partir du sien.

Pour aller plus loin

Sources principales : Carol Dweck, Mindset: The New Psychology of Success (2006) ; Claudia Mueller et Carol Dweck, « Praise for intelligence can undermine children's motivation and performance », Journal of Personality and Social Psychology (1998) ; Lisa Blackwell, Kali Trzesniewski et Carol Dweck, Child Development (2007) ; Victoria Sisk et al., « To what extent and under which circumstances are growth mind-sets important to academic achievement? Two meta-analyses », Psychological Science (2018) ; David Yeager et al., « A national experiment reveals where a growth mindset improves achievement », Nature (2019) ; Yue Li et Timothy Bates, Journal of Experimental Psychology: General (2019) ; Brooke Macnamara et Alexander Burgoyne, Psychological Bulletin (2023) ; Jeni Burnette et al., Psychological Bulletin (2023).