Biais cognitifs
L'effet de halo : une qualité visible colore tout le jugement
Une copie propre, bien présentée et sans rature semble aussi mieux raisonnée. Un candidat souriant paraît plus compétent. Cette fiche explique comment une seule qualité visible déborde sur tout ce que nous pensons d'une personne, et comment organiser ses jugements pour limiter ce débordement.
L'idée en bref
L'effet de halo (halo effect) est la tendance à laisser une impression d'ensemble, ou une caractéristique frappante, influencer le jugement que l'on porte sur les autres caractéristiques d'une personne, d'un travail ou d'une organisation. Si quelqu'un nous plaît sur un point, nous le jugeons favorablement sur des points sans rapport. L'effet joue aussi dans le sens négatif : un défaut marquant assombrit tout le reste.
Le psychologue américain Edward Thorndike a donné son nom à l'effet en 1920, dans un article intitulé « A Constant Error in Psychological Ratings ». Il y analysait les évaluations que des officiers portaient sur leurs hommes : l'intelligence, la condition physique, les qualités de chef et le caractère étaient notés séparément, mais les notes allaient ensemble de façon trop étroite pour être crédible. Thorndike en a conclu que les évaluateurs ne parvenaient pas à juger chaque qualité indépendamment et qu'ils se laissaient guider par leur sentiment général sur la personne.
Quand l'impression générale décide des détails
Ce dernier point est essentiel : le halo agit sans que nous nous en rendions compte, et il se présente à nous comme une observation objective. Le cas le plus étudié est celui de l'apparence physique. Karen Dion, Ellen Berscheid et Elaine Walster ont montré en 1972 que l'on prête aux personnes jugées belles, sur simple photographie, davantage de qualités personnelles et un avenir plus heureux. Une méta-analyse d'Alice Eagly et de ses collègues, en 1991, a confirmé ce stéréotype en le nuançant : l'effet est net pour les qualités sociales, plus faible pour la compétence, et presque nul pour l'honnêteté.
L'ordre des informations compte aussi. Solomon Asch avait observé dès 1946 que les premiers traits que l'on apprend sur une personne orientent la lecture des suivants. Le halo se nourrit donc souvent de la première impression, et le biais de confirmation l'entretient ensuite.
Dans la notation et dans le recrutement
L'école est l'un des terrains où l'effet de halo est le mieux documenté. Les travaux sur la notation, que l'on regroupe en France sous le nom de docimologie, ont montré que la présentation d'une copie, l'écriture, l'orthographe dans une matière où elle n'est pas évaluée et la réputation de l'élève modifient la note.
Dans un recrutement, le halo vient de la poignée de main, de l'aisance à l'oral, du diplôme ou du nom d'un ancien employeur. Un candidat à l'aise est jugé plus rigoureux et plus fiable, alors que l'aisance ne dit rien de ces qualités. L'analyse vaut aussi pour les entreprises. Dans The Halo Effect (2007), Phil Rosenzweig montre que, lorsqu'une société a de bons résultats financiers, la presse et les consultants jugent sa stratégie claire, son dirigeant visionnaire et sa culture forte. Quand les résultats chutent, les mêmes traits sont décrits comme de la rigidité et de l'arrogance. Beaucoup de livres sur les « secrets des entreprises qui réussissent » décrivent ainsi le halo du succès plutôt que ses causes.
Quand s'en servir
Méfiez-vous du halo chaque fois que vous devez juger plusieurs qualités d'une même personne ou d'un même travail :
- quand vous notez une copie, un dossier ou un exposé ;
- quand vous recrutez, ou que vous choisissez un artisan, un médecin ou un conseiller ;
- quand vous vous fiez à l'avis d'une personne célèbre ou brillante sur un sujet hors de son domaine ;
- et quand un produit vous paraît bon parce que sa marque ou son emballage vous plaît.
Limites et pièges
L'effet est ancien et bien établi, mais sa taille varie. Il a été observé dans de nombreux contextes depuis un siècle. Sa force dépend de la situation : il est plus marqué quand on dispose de peu d'informations, quand les critères sont vagues et quand on juge vite. Le stéréotype lié à la beauté, en particulier, est plus modeste que ne le suggèrent les présentations courantes.
Toutes les corrélations ne sont pas des illusions. Des qualités vont réellement ensemble. Un élève soigneux dans sa présentation l'est souvent aussi dans ses calculs, et une entreprise bien gérée l'est souvent dans plusieurs services à la fois. Les chercheurs distinguent depuis longtemps le « vrai halo », qui reflète ces liens réels, du halo illusoire, qui les exagère. Le mesurer exactement est difficile, et corriger à l'excès conduirait à nier des liens qui existent.
Le savoir ne suffit pas. Les participants de l'expérience de 1977 niaient avoir été influencés. Se promettre d'être objectif n'a guère d'effet. Seules les procédures qui empêchent l'impression générale de se former trop tôt, comme l'anonymat, les critères séparés et les évaluations indépendantes, ont une efficacité.
Le halo peut être fabriqué. La publicité associe un produit à une personnalité admirée pour que l'admiration déborde sur le produit. Devant un argument, la bonne question porte sur l'argument, pas sur celui qui le présente.
Pour aller plus loin
- Le biais de confirmation — comment une première impression se confirme ensuite toute seule.
- L'erreur fondamentale d'attribution — un autre défaut de notre jugement sur les personnes.
- L'effet Pygmalion — quand l'idée que l'enseignant se fait d'un élève influence l'élève lui-même.
- Que valent les modèles mentaux ? — pour situer cet effet parmi les résultats solides et les résultats discutés.
Sources principales : Edward Thorndike, « A constant error in psychological ratings », Journal of Applied Psychology (1920) ; Solomon Asch, « Forming impressions of personality », Journal of Abnormal and Social Psychology (1946) ; Karen Dion, Ellen Berscheid et Elaine Walster, « What is beautiful is good », Journal of Personality and Social Psychology (1972) ; Richard Nisbett et Timothy Wilson, « The halo effect: evidence for unconscious alteration of judgments », Journal of Personality and Social Psychology (1977) ; Alice Eagly et al., « What is beautiful is good, but… », Psychological Bulletin (1991) ; Phil Rosenzweig, The Halo Effect (2007) ; Daniel Kahneman, Thinking, Fast and Slow (2011) ; Georges Noizet et Jean-Paul Caverni, Psychologie de l'évaluation scolaire (1978).