Économie et stratégie

L'offre et la demande

En juin, la barquette de fraises coûte deux fois moins cher qu'en mars, alors que personne ne l'a décidé. Derrière ce prix qui bouge tout seul se trouve le modèle le plus connu de l'économie. Cette fiche explique comment un prix se forme, quelle information il transporte et pourquoi le modèle, très utile, ne s'applique pas partout de la même façon.

L'idée en bref

La demande est la quantité d'un bien que les acheteurs sont prêts à acheter à chaque prix : en général, plus le prix est bas, plus ils en achètent. L'offre est la quantité que les vendeurs sont prêts à vendre à chaque prix : en général, plus le prix est élevé, plus ils en proposent. Le prix d'équilibre est celui auquel les deux quantités sont égales. Au-dessus, il reste des invendus et les vendeurs baissent leurs prix. En dessous, il manque de la marchandise et le prix remonte.

L'idée est ancienne, et Antoine-Augustin Cournot a tracé une courbe de demande dès 1838. C'est l'économiste anglais Alfred Marshall qui a donné au modèle sa forme classique dans ses Principes d'économie politique (1890), avec le dessin des deux courbes qui se croisent. À ceux qui se demandaient si la valeur vient du coût de production ou du désir des acheteurs, Marshall répondait par une image : on peut aussi bien se demander laquelle des deux lames d'une paire de ciseaux coupe le papier. Le modèle est un outil de raisonnement bien établi, qui prévoit correctement le sens des variations sur les marchés où beaucoup d'acheteurs et de vendeurs se font concurrence, et moins bien sur les autres.

Comment un prix se forme et ce qu'il dit

Un prix résume une quantité d'informations que personne ne possède en entier, comme l'état des récoltes ou les envies de millions de gens. L'économiste Friedrich Hayek a développé cette idée dans un article de 1945. Quand une matière première devient plus rare quelque part, son prix monte, et des milliers d'utilisateurs en économisent sans avoir besoin de savoir pourquoi.

Le raisonnement se fait toujours en deux temps. Il faut d'abord se demander ce qui a changé, l'offre ou la demande, puis en déduire le sens de la variation. La force de la réaction dépend de l'élasticité, c'est-à-dire de la sensibilité des quantités au prix.

Quand le prix ne peut pas bouger

Le modèle éclaire aussi ce qui se passe quand un prix est fixé en dessous de l'équilibre, par une règle ou par un choix du vendeur. La demande dépasse alors l'offre, et puisque le prix ne peut plus départager les acheteurs, autre chose le fait à sa place.

La même logique s'applique chaque fois qu'une chose rare est distribuée sans prix ou à prix fixe : les places en crèche, les créneaux chez un spécialiste et les logements à loyer plafonné. Quand on bloque le prix, la rareté prend une autre forme, comme une liste d'attente, du piston ou un marché parallèle. Certaines de ces formes sont plus justes que le prix, d'autres le sont moins, et le modèle aide à poser la question.

Quand s'en servir

Vous pouvez mobiliser ce modèle dans les situations suivantes :

Limites et pièges

Le modèle de base suppose de nombreux acheteurs et vendeurs, un produit identique d'un vendeur à l'autre et une information partagée. Beaucoup de marchés réels ne ressemblent pas à ce portrait. Un vendeur qui domine son marché choisit son prix. Si l'acheteur ne peut pas juger de la qualité, le prix ne transmet plus la bonne information, et si la production fait subir des coûts à des tiers, comme la pollution, le prix d'équilibre est trop bas par rapport à ce que la société paie réellement.

Le marché du travail montre bien ces limites. Le modèle simple prévoit qu'un salaire minimum plus élevé réduit l'emploi. En 1994, David Card et Alan Krueger ont comparé les restaurants rapides de deux États américains voisins après une hausse du salaire minimum dans l'un d'eux, et n'ont pas trouvé la baisse d'emploi attendue. Leur étude a été contestée, puis suivie de nombreuses autres, et le débat sur l'ampleur des effets n'est pas clos. Il rappelle qu'une prévision tirée du schéma doit être vérifiée par l'observation.

Enfin, le prix d'équilibre égalise des quantités, ce qui n'en fait pas un prix juste. La demande ne compte que les désirs accompagnés d'argent : celui qui a faim sans pouvoir payer ne figure pas sur la courbe. Le modèle décrit un mécanisme et laisse ouverte la question de savoir où il est souhaitable de le laisser agir.

Pour aller plus loin

Sources principales : Antoine-Augustin Cournot, Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses (1838) ; Alfred Marshall, Principles of Economics (1890) ; Friedrich Hayek, « The Use of Knowledge in Society », American Economic Review (1945) ; David Card et Alan Krueger, « Minimum Wages and Employment », American Economic Review (1994).